L’industrie automobile se trouve actuellement à la croisée des chemins. L’Europe est en train de réécrire ses propres règles, notamment en ce qui concerne l’assouplissement de l’interdiction des moteurs à combustion interne d’ici 2035. Dans ce paysage changeant, le pivot stratégique de Ford n’est plus seulement une décision commerciale ; c’est une tactique de survie. Le partenariat avec Renault, dans le cadre duquel le constructeur français construira de petites voitures électriques pour Ford dans son usine de Douai, prend soudain une actualité bien plus aiguë.
Le coût de la retraite EV
Ford ne cache pas l’ampleur de son recul. La société a annoncé une réduction significative de son portefeuille de véhicules électriques, une décision accompagnée d’une importante provision d’environ 19,5 milliards de dollars. Ce chiffre reflète les pertes accumulées depuis 2023 et sert de coussin financier pour l’abandon de plusieurs projets de véhicules électriques haut de gamme.
Parmi les victimes figurent les versions électriques du F-150 Lightning et d’autres camionnettes. Ford a également rompu ses liens avec plusieurs partenariats industriels en matière de batteries. Le raisonnement est simple : la demande de gros véhicules électriques aux États-Unis n’a pas répondu aux attentes.
Cette crise se produit dans un contexte de diminution des subventions fédérales et d’infrastructures de recharge incomplètes. La direction de Ford a décidé de donner la priorité aux groupes motopropulseurs hybrides et à essence. Celles-ci sont considérées comme plus rentables à court terme. Il s’agit d’un réalignement pragmatique, quoique douloureux.
Divergence stratégique en Europe
Alors que Ford se retire du segment américain des véhicules électriques, sa présence double en Europe. La collaboration avec Renault vise à produire des voitures électriques de taille urbaine dans l’usine de Douai à partir de 2028. Ce partenariat permet à Ford de mutualiser les plateformes et les coûts de production. Il s’agit d’une réponse directe à la demande européenne, qui reste robuste malgré les fluctuations mondiales du marché des véhicules électriques.
Au lieu de développer une gamme électrique complète à partir de zéro, Ford s’appuie sur l’expertise de Renault. Il utilise une plateforme éprouvée pour rester pertinent. Cela représente un net rééquilibrage de la stratégie. Ford abandonne les segments les plus chers en Amérique tout en exploitant les synergies locales en Europe.
Pourquoi c’est important pour le marché des véhicules électriques
Cette stratégie divisée met en évidence une vérité plus large sur la transition vers la mobilité électrique. Il ne s’agit pas d’un changement mondial uniforme. Aux États-Unis, le marché est aux prises avec les gros camions et les SUV. En Europe, l’accent est mis sur l’abordabilité et l’efficacité. La décision de Ford de s’associer à Renault plutôt que de faire cavalier seul suggère que l’échelle et la connaissance locale sont actuellement plus précieuses que l’intégration verticale.
Le contraste avec des concurrents comme Tesla, Volvo ou le groupe Volkswagen est frappant. Ces marques continuent d’investir massivement dans les véhicules électriques. La décision de Ford ressemble moins à un rejet de l’électrification qu’à un recalibrage des lieux et des moyens de gagner de l’argent.
Le chemin à parcourir
L’échéance de 2035 pour les moteurs à combustion interne n’est plus un arrêt brutal mais un horizon flexible. Cette flexibilité permet aux fabricants de couvrir leurs paris. L’approche de Ford consiste à garder le pied sur l’accélérateur avec les véhicules hybrides et ICE aux États-Unis tout en laissant Renault gérer le segment des petits véhicules électriques en Europe.
C’est une stratégie risquée. Si le marché américain des véhicules électriques se redresse, Ford pourrait se retrouver à la traîne. Si la demande européenne se calme, le partenariat avec Renault pourrait paraître excessif. Mais pour l’instant, c’est un moyen de préserver sa trésorerie tout en conservant une présence sur les deux marchés.
La vraie question est de savoir si cette stratégie hybride peut maintenir la rentabilité suffisamment longtemps pour que les véhicules électriques deviennent véritablement courants. Ford gagne du temps. Reste à savoir si ce délai sera suffisant.















